Scolarisation des enfants sourds-muets : L’affaire de tous !

Créée en 1964, l’école des sourds-muets de Boulbinet sise dans la commune de Kaloum manque d’établissement secondaire au grand dam des milliers d’enfants frappés par la surdité. Une triste réalité qui les empêche de poursuivre les études.

« Pour ces derniers, le rêve est brisé au primaire afin de s’orienter vers l’enseignement professionnel précisément dans les branches de menuiserie, plomberie et maçonnerie ou encore suivre des formations dans

 

 les ateliers de couture ou de saponification », apprend-on du Directeur national de l’Action Sociale, M. Moussa Traoré.

Pour le Directeur national de l’Action Sociale, cette situation n’est pas volontaire. « Cela est dû au manque d’enseignants qualifiés car le gouvernement avait enclenché un processus d’essai en 1999 qui s’est soldé par un échec total. Pour combler ce vide, le Ministère de l’Action Sociale, de la Promotion Féminine et de l’Enfance a signé un partenariat avec l’école professionnelle de Donka où bon nombre d’admis de l’école des sourds-muets sont orientés dans les branches de menuiserie, de plomberie et de maçonnerie… Certains sont aussi reçus dans les centres de formation de Conakry », a-t-il expliqué.

En lieu et place d’un établissement secondaire spécialisé pour les

sourds-muets, M. Mamadou Aliou Barry, Directeur de l’école de Boulbinet, souhaite voir les enfants sourds-muets et les autres enfants valides partagés les mêmes salles de classe.  « Ce projet d’enseignement inclusif permettra aux personnes aptes de se retrouver dans les mêmes salles de classe avec les personnes frappées d’incapacité en vue d’éviter une marginalisation de ces dernières. Nous avons l’ambition de former des enseignants dans les signes en suivant des cours de psychologie et d’écriture braille et d’équiper l’école en cabinet d’orthophonie pour permettre aux malentendants de bien entendre et étudier sans ambigüité », désire-t-il.

En attendant la réalisation de ces belles initiatives, nombreux parents d’élèves sourds-muets restent indécis. Pour eux, faut-il continuer à amener les enfants à l’école quand on sait qu’ils ne pourront jamais dépasser la classe de sixième année ? M. Savané, un des parents d’élèves se dit : « Si mon enfant doit terminer son parcours scolaire pour devenir menuisier ou maçon, pourquoi ne pas gagner en temps en l’amenant directement dans un atelier pour se former », décide M. Savané, parent d’élèves sourds-muets avec colère tout en accusant le gouvernement qui selon lui ne respecte pas les droits des handicapés.

En termes de solutions, certaines initiatives privées prévalent. C’est le cas de l’ONG des Sourds Musulmans de Guinée. « Nous contribuons à la formation de ces enfants en leur offrant des cours gratuits en arabe afin de leur permettre d’acquérir non seulement des connaissances en islam, mais d’une manière générale sur l’éducation en vue de combattre l’analphabétisme », a laissé entendre son président, Karou Kaba. Il dit par ailleurs qu’il est en plein travail dans la rédaction d’un dictionnaire spécialisé pour les sourds-muets.

 Aboubacar A. Camara pour lapresseguinee.org

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