Les enfants mendiants : Certains rêvent juste d’être scolarisés

Interdite en Guinée, la mendicité se fait de plus belle au su et au vu de tous. Qu’ils soient albinos, handicapés physiques ou visuels, ils sont nombreux ces enfants qui prennent d’assaut les rues de Conakry à la recherche de quelques centimes. Pourtant, certains parmi eux fantasment du bonheur d’être scolarisés. C’est le cas d’Abdoulaye âgé de 11 ans qui s’installe généralement  au feu rouge de la Banque centrale pour faire la manche. Tétraplégique, il rêve d’intégrer un groupe d’élèves dans une classe afin d’apprendre à lire et à écrire. « Je veux bien aller à l’école comme mes amis d’âge. Malheureusement je suis issu d’une famille de personnes à mobilité réduite. Nous n’avons personne pour nous aider. Je suis obligé de faire comme mes parents pour survivre », raconte-t-il en poursuivant difficilement une voiture.

Les comportements discriminatoires et négatifs tels que les harcèlements et les moqueries des autres membres de la communauté sont la source de nombreuses difficultés vécues par cette frange sociale. Toute chose qui empêche certains parents d’enfants à mobilité réduite d’inscrire ces derniers à l’école. D’autres sont réticents parce qu’ils ne croient pas à la réussite scolaire de leurs progénitures. Il faut ajouter à toutes ces raisons le manque de moyens financiers.

Raison pour  laquelle, ces pauvres parents se livrent à la mendicité au grand dam de leurs progénitures afin de subvenir à leurs besoins quotidiens. Binta en est un : « Malgré son handicap, j’aurai aimé que mon enfant soit à l’école comme tout autre enfant de son âge. Compte tenu de nos moyens très précaires, je ne pourrai jamais faire face à ses frais de scolarité. En plus, très rare sont les handicapés qui ont réussi dans ce pays. Je me dis parfois aussi ce sera peine perdue de l’envoyer à l’école. Sinon, être à la rue n’est pas quelque chose que j’ai voulu pour mon fils ».

Certes, cette frange sociale a ce blocage, mais le pays manque également d’infrastructures adéquates pouvant servir de lieu d’apprentissage aux enfants à mobilité réduite. La Guinée  n’a que deux écoles pour abriter ces handicapés. Il s’agit de l’école des sourds-muets de Boulbinet créée en 1964 et celle des aveugles appelée Centre Sogué à la Cité de solidarité à Taouyah. Selon une source proche du département en charge de l’action sociale, un institut de jeunes aveugles est en construction à Kankan. Faute de financement, ledit centre a du mal à être achevé.

Dans un rapport de l’UNICEF publié en 2015, il est mentionné : « En Guinée, nombreux sont des enfants handicapés qui rencontrent des difficultés d’accès à l’éducation, à la rééducation, aux soins et aux loisirs. Car les écoles ne sont pas conçues ou équipées pour les accueillir et les enseignants sont rarement formés à cet effet. Sur toute l’étendue du territoire national, il n’y a aucun établissement secondaire spécialisé ou équipé pour accueillir les enfants souffrant d’handicaps sensoriels (sourds muets, aveugles, déficients mentaux), d’après les informations recueillies auprès du ministère de l’éducation et de l’alphabétisation ».

Une réalité qui est toujours de mise. Seuls les centres sociaux professionnels comme le Centre Nimba et le Centre Regina Maris qui font quelque chose pour la formation desdits enfants. Le premier bénéficiant du soutien de l’UNICEF organise une formation de trois ans pour près de 90 enfants qui reçoivent des cours d’apprentissage en artisanat, danse, cordonnerie, couture, tricot, en plus des cours d’alphabétisation. Le deuxième qui accueille environ une vingtaine d’enfants handicapés physiques en formation professionnelle et éducation scolaire.

Une situation qui devrait amener le gouvernement à revoir sa politique vis-à-vis de ces personnes handicapées afin d’aider les familles à surmonter les préjugés en leur donnant l’accès à l’éducation et aux services de santé pour atteindre pleinement leur potentiel.

 Fadima D. Fofana pour lapresseguinee.org

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