La Guinée, du point de vue de la Banque mondiale

Pour comprendre comment certaines institutions perçoivent les politiques publiques amorcées par la Guinée, notre rédaction est allée s’enquérir auprès d’eux, notamment la banque Mondiale. Avec cette institution, la République de Guinée entretien de bonnes relations depuis quelques années avec l’élection du Pr Alpha Condé à la tête du pays. Mais allons donc ensemble découvrir quelle est la vision de la Banque Mondiale sur la jeune démocratie de Guinée.

Au niveau du Contexte politique, la Banque note ceci,

Le 31 octobre 2015, le président Alpha Condé est réélu pour un second mandat avec 57 % des suffrages dès le premier tour et à l’issue d’une élection contestée. Il est investi le 14 décembre 2015 (moins de trois semaines avant que la Guinée ne soit déclarée exempte du virus Ebola). Le 26 décembre suivant, il nomme Mamady Youla au poste de Premier ministre. Cet économiste de 54 ans a à son actif une carrière mixte dans le secteur privé et dans la fonction publique. Le nouveau cabinet, composé de 31 membres, comprend sept femmes avec des portefeuilles clés à la planification, aux finances, aux affaires étrangères, à l’environnement et à l’agriculture.

La Guinée s’est dotée d’un nouveau plan de développement pour la période 2016 à 2020. Ce plan, qui constitue désormais le seul document de référence en matière de développement, vient remplacer les documents suivants : le troisième document de stratégie de réduction de la pauvreté pour 2013-2015, le plan quinquennal (2011-2015) et le plan de relance post-Ebola (2015-2017). Il a été validé par le Conseil des ministres le 23 février 2017 et doit être soumis à l’Assemblée nationale pour son adoption finale. Celle-ci sera suivie de la réunion du groupe consultatif des bailleurs de fonds, d’ici la fin de l’année 2017.

Concernant la Situation économique, Ebola n’est pas passer inaperçu dans la description du pays.

La Guinée se relève lentement de l’épidémie d’Ebola et de la chute des prix des matières premières, deux chocs qui ont nui à son économie en 2014 et 2015. La croissance du PIB a atteint 5,2 % en 2016, grâce à la hausse de la production de bauxite et d’or, et de la bonne résistance affichée par l’agriculture. Les services et les industries manufacturières continuent en revanche de stagner à la suite de la crise Ebola. Les projections tablent sur une croissance du PIB de 4,4 % pour 2017. La conclusion récente d’un programme de facilité élargie de crédit avec le Fonds monétaire international (FMI) — une première dans l’histoire du pays — pourrait contribuer à une meilleure gestion macroéconomique ainsi qu’au redressement de l’économie.

La situation des finances publiques s’est améliorée en 2016 : le déficit budgétaire de la Guinée, qui s’était creusé à 8,9 % du PIB en 2015, a été ramené à 1,3 % en 2016. Les recettes publiques ont grimpé à 19,2 % du PIB en 2016, contre 17,2 % en 2015. Cette amélioration est le fruit des mesures adoptées pour mieux mobiliser les recettes intérieures, conjuguées à une réduction des dépenses publiques. Les autorités ont cependant veillé à préserver les dépenses en faveur des ménages pauvres, comme en témoigne la part accordée à la santé dans le budget de l’État, qui est passée de 2,5 % en 2015 à 5 % en 2016. Le déficit budgétaire devrait continuer de baisser en 2017, pour se situer à 0,2 % du PIB. Le taux d’inflation reste élevé et devrait atteindre 9,7 % en 2017, en raison de la dépréciation du franc guinéen et de la hausse des prix intérieurs.

Selon une analyse de la viabilité de la dette (a) réalisée par la Banque mondiale et le FMI, la Guinée reste exposée à un risque modéré de surendettement. En appliquant le taux d’intérêt rehaussé et uniformisé de 5 % adopté en octobre 2013 (3 % auparavant), l’équipe d’analystes n’a observé aucun changement dans les conditions de référence. Le classement « modéré » est basé sur la vulnérabilité du pays aux chocs économiques, les exportations, les investissements étrangers directs, les résultats budgétaires et le retard apporté à la réalisation des projets miniers. Les équipes de la Banque mondiale et du FMI collaborent étroitement avec les autorités pour que tous les prêts contractés en 2016 et par la suite aient un caractère fortement concessionnel et un effet marqué sur le développement.

Situation sociale

Environ 55 % de la population guinéenne vivait dans la pauvreté en 2012, mais ce taux s’est probablement aggravé en 2014 et 2015 à la suite de la crise Ebola et de la stagnation de l’activité économique, particulièrement dans les régions du pays qui ont été les plus touchées par le virus et où le taux de pauvreté dépassait déjà la moyenne nationale.

Un sondage par téléphone mobile, réalisé en septembre 2015 auprès d’environ 2 500 ménages répartis dans tout le pays, a confirmé que l’épidémie avait eu de graves conséquences sur leur situation. Le niveau de bien-être mesuré en fonction de la possession d’actifs a reculé, notamment dans les ménages ruraux, ce qui va de pair avec une baisse marquée du revenu (plus de 30 %) dans les ménages ruraux et chez les femmes vivant dans les régions gravement touchées pour le virus. L’enquête a également mis en évidence une baisse de la consommation alimentaire chez ces ménages. Parallèlement, le taux de chômage en milieu urbain a doublé, passant de 8 % en 2012 à 16 % en 2015 ; près de 10 % des ménages ont retiré leurs enfants de l’école, par crainte, majoritairement, du virus Ebola. Contre toute attente, la production agricole a bien résisté à la crise et les prix des aliments sont restés stables.

La proportion de pauvres reste beaucoup plus élevée en milieu rural (65 % en 2012) qu’en milieu urbain (35 %). Le lancement d’une nouvelle enquête auprès des ménages en 2017 permettra d’actualiser les chiffres de la pauvreté.

Enjeux de développement

De ce point de vue, l’institution signal que si la Guinée est parvenue à enrayer l’épidémie d’Ebola, celle-ci a laissé de graves séquelles auxquelles le pays est encore loin d’avoir remédié. Selon les chiffres du mois de décembre 2015, le virus a coûté la vie à plus de 11 300 personnes en Guinée, au Sierra Leone et au Libéria, dont plus de 500 personnels de santé, précise-t-elle.

L’économie guinéenne sera en outre confrontée à deux risques majeurs en 2017 : le pays devra, d’une part, maintenir le cap de la réforme macroéconomique et budgétaire, et, d’autre part, assurer la stabilité sociale et politique.

La Guinée doit par ailleurs faire face à la suspension du projet minier de Simandou. Ce projet ambitieux d’un montant de 20 milliards de dollars devait permettre d’exploiter et de commercialiser sur le marché international un minerai de fer de qualité supérieure et de créer 50 000 emplois. En juillet 2016, la principale partie prenante du projet, la société Rio Tinto, a fait part de sa décision de réduire ses activités à Conakry et en Guinée plus généralement. La suspension de ce projet, qui a des conséquences sur le secteur minier mondial, aura aussi des répercussions en chaîne sur l’économie guinéenne. En octobre 2016, Rio Tinto a annoncé la signature d’un accord non contraignant avec le groupe public chinois Chinalco concernant la vente de sa participation au projet. Les négociations devraient aboutir d’ici la fin de l’année 2017 et ouvrir la voie, le cas échéant, à l’exploitation de la mine de Simandou.

La Rédaction lapresseguinee.org

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