Immigration : Le rêve brisé sur la route de l’«Eldorado»

Image Archive RFI

Depuis le renversement au pouvoir du Guide Libyen, Mouammar Kadhafi, ce pays est devenu un passage privilégié des migrants africains. A défaut d’une autorité étatique capable de contrôler le territoire libyen, des milices et forces militaires rivales font usage de leurs armes pour violer d’une manière flagrante, le droit international en toute impunité.

A en croire les chiffres du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), 4.518 migrants sont morts ou disparus dans la traversée pour l’Europe. Ce, malgré la décision du Conseil de Sécurité de l’ONU de renouveler l’arraisonnement des navires utilisés pour l’acheminement clandestin des migrants aux larges des côtes libyennes.

La République de Guinée est aussi touchée par cette réalité. Chaque année, de nombreux jeunes bravent vents et marées pour se rendre en Europe. Rencontrée par la rédaction lapresseguinee.org, cette mère d’une victime de la méditerranée garde toujours les séquelles de la disparition de son enfant, Ansoumane Bangoura. « Je suis complètement déboussolée depuis que j’ai appris que mon fils s’est noyé en Libye en mai 2016. Cela fait plus d’un an, mais aucune nuit ne passe sans que je ne pense à lui. C’était mon deuxième enfant. Il venait juste de commencer ses études à l’Université et il était le seul universitaire de la famille », nous confie-t-elle les larmes aux yeux.

A Tabisson, village situé à plus de 300 km de Conakry, plus précisément dans la préfecture de Boké, le Chef de village, Mohamed Doumbouya témoigne que : « le village compte aujourd’hui plus de 130 jeunes qui ont préféré partir à l’occident à la recherche de l’eldorado ». Il s’agit d’une localité composée massivement de l’ethnie Diakhankés réputés être des ‘’amoureux de l’Europe’’.

Un voyage dont beaucoup d’entre eux ignorent les destinées. Outre les sensibilisations çà et là faites par les gouvernements et organismes internationaux, les dernières images sur l’esclavage des noirs en Libye, en disent long sur le calvaire vécu par ses immigrants. Une situation qui provoque toujours la colère des uns et des autres en Afrique et à travers le monde. C’est le cas par exemple en Guinée d’un collectif d’ONG guinéennes appelé ‘’Le noir a-t-il un prix ?’’ Qui, à travers des marches et mémos adressés au chef de l’Etat et président en exercice de l’Union Africaine, Alpha Condé à dénoncer les abus et autres traitements inhumains dont sont victimes les africains. Selon son président, Oumar Sylla : « Après de nombreuses démarches, nous avons recommandé au Président Alpha Condé, d’accélérer le rapatriement des Guinéens se trouvant sur le territoire libyen. Et depuis que l’Etat guinéen a entamé le processus de rapatriement de ses citoyens au pays, nous assistons à leurs arrivées à l’aéroport de Conakry Gbessia et nous leur moralisons sur place », souligne-t-il.

Malgré la souffrance endurée, certains immigrants préfèrent continuer l’aventure à tout prix de peur de se faire humilier de retour au bercail. D’autres par contre, acceptent volontairement de retourner au pays d’origine pour reconstruire leur vie. Tout comme ce migrant revenu de la Libye. « Je regrette avoir abandonné toutes mes occupations au profit de cette mésaventure où je n’ai rencontré que des difficultés. J’ai été emprisonné, exposé à la faim… », se souvient-il avant d’inviter ses frères Guinéens à rester au pays.

Aboubacar Arafan Camara

pour LaPresseGuinee

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