Environnement : Cahier d’un retour à la région natale (Macenta) d’un journaliste

Des feux de brousses par ci, des arbres abattus par là ainsi que des cours d’eaux affaiblis, c’est l’image que présente aujourd’hui, la région forestière particulièrement la zone de Macenta couvrant une superficie de 7.056 km² et située à environ 160km de la région administrative de N’Zérékoré. Votre site web d’investigation est allé farfouiller dans le carnet de voyageur de notre journaliste de retour de sa ville natale pour vous faire vivre la situation.

Zone réputée pour sa forte pluviométrie soit 2435mm d’eau par an (1993) et sa longue saison des pluies (10 mois sur 12), la région forestière enregistre aujourd’hui, une baisse considérable du volume d’eau avec une saison pluvieuse s’étendant entre cinq à six mois. Pour les habitués de cette route, les conséquences du changement climatique se font sentir dès la rentrée de la sous-préfecture de Kondéba située à 44 kilomètres de Macenta ville. A la place de la fraîcheur qui, auparavant réveillait les passagers fatigués et dominés par le sommeil, c’est plutôt un vent chaud et méconnaissable qui vous accueille. A Cela s’ajoute une forte déperdition de la faune sans oublier celle de la flore qui s’incline sous l’effet des humains comme un caillou jeté depuis le sommet d’une montagne.

De la sous-préfecture de Boffossou jusqu’à celle de Bindikala, vous pouvez à peine découvrir les véritables forêts à plus forte raison croiser un gibier. Ces dernières années, l’environnement s’est fortement dégradé. Les cours d’eaux où jadis allaient s’abreuver les paysans en pleine brousse n’existent plus laissant places aux rochers. Les terres presque infertiles et détruites par la coupe abusive des bois. De nos jours, il est difficile et s’il faut le dire très rare de trouver au moins une forêt qui a une durée de vie de cinq à sept ans.

Chaque année, les arbres sont abattus puis arrosés de feux. Les palmiers à huile autrefois abondants commencent à se faire rare comme de l’eau dans le Sahara. Exposant ainsi les routiers à une flambée du prix du bidon d’huile rouge qui est passé de 80.000 gnf à 130.000 voire 140.000 francs guinéens.

D’un autre côté de Macenta,  de Sérédou jusqu’à Zebela, les  bois de la forêt forte sont transportés  par des sociétés ainsi que par des citoyens comme si la déforestation était tout à fait légale. Les sacs de charbons de bois sortent de tous les côtés de cette région comme les champignons de la terre. Cela sans mesure de compensation ou de régénération de ces écosystèmes. Les espèces comme les singes, antilopes, buffles et autres  ont déserté leur habitat naturel à cause de l’action humaine.

Le climat humide dans les temps passés se confond de nos jours à celui de la Haute Guinée caractérisé par une forte température. Cet écart de température « affaiblie la production des plantes cultivables, des céréales et légumes et atrophie les cours d’eau et bas-fonds de riz », selon des spécialistes.

Au vu de toutes ces réalités, on se demande si le code portant protection de l’environnement est respecté en République de Guinée. Pourtant les articles 48 et 49 du Code de l’environnement stipulent respectivement que : ‘’La faune et la flore doivent être protégées et régénérées au moyen d’une gestion rationnelle en vue de préserver les espèces et le patrimoine génétique et d’assurer l’équilibre écologique’’ et ‘’ Est interdite ou soumise à autorisation préalable de l’administration, conformément aux dispositions législatives et réglementaires, toute activité susceptible de porter atteinte aux espèces animales, végétales ou à leurs milieux naturels’’. Ces dispositions sont-elles appliquées par la loi ou bien des agents de l’administration se laisseraient corrompre volontiers au profit de quelques billets ?

En attendant d’avoir des réponses à toutes ces interrogations, c’est la désillusion pour notre journaliste natif de cette région qui referme son cahier avec beaucoup d’émotions.

 Zézé Inapogui pour lapresseguinee.org

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