Reformes économiques en Guinée: Mamadou Gando Bah a sa petite idée

Mamadou Gando Bah, Spécialiste en Gestion Publique

Mamadou Gando Bah est spécialiste en gestion publique et éminent analyste économique sur la Guinée. Du haut de ses expériences, il partage ici avec la rédaction de LaPresseGuinée sa petite idée pour des reformes économiques constructives en Guinée.  lisez plutôt!

La Guinée regorge d’énormes atouts naturels dans les domaines agricoles et miniers, mais elle peine à valoriser son potentiel pour booster la croissance. Le secteur agricole guinéen fait vivre la moitié de la population et celui du minier fournit 70% des revenus guinéens. Le pays détient la moitié des réserves mondiales de bauxite et c’est un gros producteur d’or et de diamant. La Guinée dispose aussi d’énormes ressources hydrauliques.

Nonobstant ces énormes potentiels, le pays stagne à un taux de croissance de 6,7% qui contraste avec un taux de pauvreté de 55%. Pourtant avec des reformes approfondies la Guinée pourra inverser la tendance et réaliser un taux de croissance à deux chiffres.

Ce défi la Guinée a les moyens de le relever, elle possède des atouts, du potentiel agricole et minier à valoriser, à rentabiliser au profit de l’Econome, au bénéfice des guinéens.

Ce défi est loin d’être impossible, il suffit de regarder le PIB de quelques pays frontaliers. En 2014, La Côte d’Ivoire avait un PIB de 35 milliard de dollars pour une prévision de 50 milliard de dollars pour 2020. A la même période le Sénégal a présenté un PIB de 15 milliards de dollars, alors que la Guinée avait un PIB de 5 milliard de dollars.

Le PIB est l’élément de mesure de la richesse d’un pays, il est constitué de la production, de la richesse créée au cours d’une année par l’ensemble des résidents, (nationaux et étrangers). Il s’obtient donc essentiellement par le biais des investissements. C’est pourquoi il est fortement recommandé de promouvoir les investissements privés dans tous les secteurs d’activités en particulier dans les domaines agricoles et miniers. Pour y arriver, le président de la république qui vient de bénéficier à nouveau de la confiance des guinéens doit concentrer ces efforts autour des secteurs capables de générer énormément d’argent pour faire face aux multiples défis socio-économiques.

Ces secteurs  sont :

  • Le développement de l’industrie agro-alimentaire ;
  • L’industrialisation du secteur minier ;

La mise en place de l’industrie exige une politique d’investissement cohérente et conforme aux attentes de l’économie internationale.

C’est pourquoi, pour rehausser le niveau des ambitions en termes de promotion d’investissements privés et publics, il est souhaitable que le ministère sans portefeuille des investissements et partenariats publics et privés soit placé au cœur du nouvel organigramme gouvernemental. Ce ministère doit être doté d’hommes nouveaux dans l’action et dans les idées dotés de compétence notoire en matière de management de négociation, de la promotion et de la coordination des investissements.

Ceci est d’autant important, sans investissements privés massifs, l’industrie est vouée à l’échec.

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L’industrie est un passage nécessaire pour les pays en voie de développement qui possèdent des ressources naturelles importantes, de sortir de la pauvreté et de s’inscrire dans une dynamique émergente. Il faut donc s’affranchir du joug des aides  extérieures qui ne  nous aident pas à être économiquement indépendants, construire une économie solide et durable basée sur le développement des industries et les services.

Quelques bons élèves…

L’exemple de la Côte d’Ivoire est éloquent, le président Alhassane Ouatara, a été élue dans un contexte de crise. Le PIB était pourtant de 25, 38 milliards de dollars en 2011. Malgré cela, le président ivoirien a mis en place une politique d’agro-industrie, il a encouragé la démultiplication des micros crédits et les banques agricoles.

La grande innovation a été celle de mettre en place un Fonds de développement agricole (de combien ?) qui a fortement contribué à accompagner les paysans et à amortir l’effet des aléas agricoles.

Le Nigeria est aujourd’hui le pays le plus riche d’Afrique. Cette réussite trouve son secret en grande partie dans l’industrie. Il y a depuis un certain nombre d’années une floraison d’industrie manufacturière, des industries d’automobiles et tant d’autres. Ce qui a permis au pays le plus peuplé d’Afrique de résister aux effets de la baisse du prix du baril du pétrole.

Ces exemples de la Côte d’Ivoire et du Nigeria sont illustratifs de la place prépondérante qu’occupent l’agriculture et l’industrie dans le développement des Etats.

Que peut faire le pays de Alpha Condé ?

La Guinée doit emboiter le pas à ces pays, et opter pour une économie de développement.

Cela est tout à fait possible avec une volonté politique, avec des femmes et des hommes intègres et possédants des capacités techniques à la hauteur des ambitions.

Les attentes de la population en termes d’urbanisation, d’eau, d’électricité, de logement d’emploi, etc…ne peuvent être résolues qu’avec de l’argent, beaucoup d’argents.

La démarche.

C’est pourquoi, il convient dans un premier temps d’orienter les efforts vers les secteurs qui sont capables d’apporter suffisamment de revenus.

A la lumière de profondes analyses, le développement de l’industrie agroalimentaire, l’industrialisation des mines peuvent  apporter au PIB de la Guinée  un taux de croissance à deux chiffres.

Apportons un regard détaillé sur chacun de ces secteurs.

Il est important dans une économie dominé par une  population  rurale de développer les industries agro-alimentaires.

 LES INDUSTRIES AGRO- ALIMENTAIRES

En 2014  la population active agricole de la Guinée s’élevait à 82, 31%, à la même période  la population active agricole de la Côte d’Ivoire était de 68%.

En analysant la part du produit intérieur brut  agricole dans le PIB total, il ressort pour la Guinée, cette part est de 20,2% et celle de la cote d’ivoire 25,9%.

Cette proportion importante du PIB agricole de la Côte d’Ivoire s’explique d’une part par la diversification des produits agricoles qui touchent à la fois le café, le cacao, mais aussi la banane, le manioc et tant d’autre, d’autre part par une politique de mécanisation voire d’industrialisation du secteur.

L’exemple de la Côte d’Ivoire peut être suivi d’autant que la Guinée possède un potentiel agricole extrêmement riche et varié.

 La création d’industries dans le secteur agricole permet de transformer les différents produits agricoles sur place.

La filière agro-alimentaire de la Côte d’Ivoire comprend 700 entreprises, emploi 300 000 personnes avec un chiffre d’affaire de 4,5 milliards d’euro.

La Guinée peut tout à fait réaliser ce rendement voire en faire plus. Il suffit de regarder de près la variété des produits agricoles qui existe dans les différentes régions naturelles.

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La configuration agricole en Guinée fait ressortir des atouts spécifiques par région naturelle.

La Basse Guinée possède des terres favorables aux cultures du riz, de la banane mais également aux fruits de toutes sortes.

Il est donc tout à fait possible d’encourager la création d’industrie de transformation du riz et des fruits. Cela va générer des produits finis dont la commercialisation va rapporter à coup sûr beaucoup d’argents aux caisses de l’Etat mais également aux industriels et aux entreprises de distribution et de commercialisation.

Une usine ou Entreprise qui parvient à réaliser avec succès sa production et sa politique de vente peut atteindre des chiffres impressionnants.

En prenant l’exemple sur la société sénégalaise d’eau KIRENE. Cette Société a réalisé l’année dernière un chiffre d’affaire de 2 milliards de FCFA.

Alors procédant à une simulation, en prenant un exemple d’une usine de jus d’acajou.

La région de Boké est particulièrement riche en noix d’acajou (quoique l’extraction minière soit entrain de décimer une bonne partie des terres). A chaque récolte, les producteurs revendent les noix d’acajou à des sommes d’argent qui ne profitent presque pas à l’Etat.

L’existence d’une usine d’acajou va amener les producteurs de BOKE à revendre les produits à l’industriel sur place. L’usine va employer au moins entre 20 à 50 voire 100 salariés qui vont tous rentré dans le cercle des consommateurs potentiels. Cela va permettre de générer de l’argent pour l’ETAT quand on sait qu’à chaque consommation il est appliqué une TVA de 20%.

Ensuite l’Etat pourra appliquer l’impôt sur les sociétés qui est de 35% . L’ETAT peut également participer à la formation du capital et bénéficier des dividendes.

A cela il faut ajouter, la création des entreprises de distribution de transport et de commercialisation. Ces entreprises vont également payé des taxes à l’ETAT.

Autant des possibilités pour L’ETAT d’avoir de l’argent grâce au fonctionnement d’une usine de transformation.

La politique consistera donc à faire en sorte que tous les produits agricoles fassent l’objet de transformation sur place pour non seulement enrichir les guinéens sur place mais également renflouer les caisses de l’ETAT. Il en sera de même pour les pommes de terre du FOUTA du café et les locaux et les palmes de la Guinée Forestière, des ignames, patates et manioc de la Haute Guinée et de tous les fruits qui existent dans le pays ainsi que le riz.

Revenons sur l’exemple de l’usine d’acajou.

A supposer que l’usine parvient à conquérir le marché local et les marchés des pays frontaliers, elle sera capable de réaliser un bénéfice de 2 milliards de francs guinéens ou plus.

L’impôt sur la société (IS) sera de 700 000 000 gnf. Ce montant ajouté aux dividendes et à la TVA et aux différentes taxes peut être élevé jusqu’à 2 milliards de francs Guinéens.

Avec une politique à outrance d’industrialisation de l’agro-alimentaire, le pays peut avoir une centaine d’usine et 1000 entreprises, ce qui permettra d’obtenir la prévision des 5 milliards de dollars en cinq ans.

La création de ces industries est possible avec les opérateurs économiques guinéens qu’ils vaudraient encourager dans ce sens par des mesures fiscales allégées, des garanties de sécurité etc.

Il convient donc de définir une stratégie claire permettant de rentabiliser le secteur.              Tout d’abord, organiser les paysans en coopératives au niveau de chaque  région tout en laissant libre cours à la concurrence.

Ensuite, il est fondamental que la production ne serve pas seulement à la consommation locale, il faut donc créer des conditions nécessaires d’exportations. La guinée  doit passer d’une économie inerte à une économie dynamique orientée vers l’exportation. Il est tout à fait possible d’exporter les jus de pommes de terre du FOUTA au Sénégal, en Cote d’Ivoire, en Guinée Bissao … de même les producteurs de la haute guinée peuvent exporter les produits au Mali voisin,  les Usines de la Guinée Forestière peuvent également exporter leurs produits en Côte d’Ivoire, au GHANA.

Favoriser l’exportation des produits agro-alimentaires permet aux Entreprises d’augmenter leur chiffres d’affaires et à l’Etat d’engranger des devises.

L’industrialisation et l’organisation du secteur agricole en fonction des atouts de chaque région naturelle permettront à ce secteur de produire et exporter des produits finis à la marque Guinéenne.

Pour réaliser un objectif de grande ambition, les propositions suivantes sont déterminantes :

  • un partenariat SUD-SUD notamment avec des industries agricoles chinoises ou thaïlandaises dont l’expertise est connu dans ce domaine.

Ce partenariat permettra d’avoir des usines modernes capables de produire de grandes quantités dans un court temps.

  • L’implication des opérateurs Economiques Guinéennes dans la création industrielle.
  • L’ouverture d’une banque agricole subventionnée par l’ETAT.

Il convient de préciser que les banques primaires sont souvent réticentes à accorder des prêts aux agriculteurs du fait du risque lié aux aléas. D’où la nécessité pour l’Etat d’accompagner les paysans par l’ouverture de banques agricoles. Il est vrai que l’Etat guinéen n’a pas beaucoup d’argent mais un montant de 100 milliard de GNF pourra assurer le départ.

  • Je propose également à l’image de la Cote d’Ivoire, la mise en place d’un Fonds Agricole.
  • La création d’une Agence des Participations de l’ETAT pour coordonner les différentes participations que l’Etat peut avoir dans les entreprises.

Tout en relançant l’agriculture l’Etat pourra également créer des conditions de l’industrialisation du secteur minier.

L’INDUSTRIALISATION DU SECTEUR MINIER

Je partage l’avis des analystes qui disent que le secteur minier est une ‘forêt’, du fait du croisement des intérêts souvent avec des sociétés multinationales qui sont souvent plus puissants que les Etats.

C’est pourquoi la création d’une Ecole Nationale des Mines pour préparer les cadres à aborder de manière plus responsables les négociations des contrats mais aussi pour qu’ils soient au cœur de la chaine d’exploitation et de la commercialisation des produits miniers.

Sans une implication plus éclairée des cadres guinéens, les mines guinéennes ne profiteront qu’aux multinationales.

C’est un préalable nécessaire qui est celui de former les cadres du secteur minier, de définir un cadre incitatif aux investissements, de proposer une diversification des produits miniers.

L’idée c’est d’amener les industriels à transformer les produits miniers sur place.

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Cela va permettre à la Guinée de réaliser des profits importants. Car il faut dire que la vente de la bauxite rapporte peu d’argent au pays. Une tonne de bauxite coûte en moyen 150 à 500 dollars .Alors que la tonne d’aluminium rapport jusqu’ ‘à 1516,49 dollars la tonne (2015).

Prenons l’exemple de la CBG qui a réalisé en 2014 une production de 15 239 218 de tonnes métriques de bauxite.

A supposer une vente de cette production a un prix moyen de 300 dollars la tonne, le montant obtenu sera de 15239218*300=  4 571 765 400 dollars.

Alors que la même quantité de tonne en aluminium vendue au prix de 1516,49 dollars va rapporter  23 110 121 704 dollars. A l’analyse de ces deux exemples on se rend à l’évidence de la différence abyssale qui existe entre une politique orienté dans le commerce des matières premières et une politique axée à l’industrialisation, au commerce des produits finis.

Avec la volonté et l’engagement des uns et des autres sans démagogie ,sans « politicionisme », le pays pourra à la surprise des pessimistes créer des usines de transformation de bauxite, d’or, de fer, de diamant et tant d’autres métaux que la nature nous a gratuitement dotés.

L’exemple de rendement du commerce de l’aluminium est illustratif et fait ressortir de manière éloquente le succès financier que peut rapporter une politique de transformation de produits miniers sur place.

C’est pourquoi il est  fortement conseillé d’opter pour une politique d’industrialisation car cela présente plusieurs avantages dont entres autres :

– L’élargissement de l’assiette fiscale

– l’augmentation des gains de productivités

– la création de petites et moyennes entreprises de distribution, de transport et de commercialisation ;

– les quote- part liés aux participations de l’ETAT ;

– les dividendes ;

– l’emploi…

Ce secteur peut donc rapporter jusqu’à 12 milliard au PIB pour cela je propose :

       1 -un partenariat avec des industries qui ont apporté leur preuve dans des pays en voie de développement et dans les pays développés ;

       2 -une poursuite de la politique d’électrification du pays ;

       3-Une politique d’encouragement des investissements privés locaux et étrangers ;

       4-une adéquation du code minier au contexte économique international ;

       5-la création d’un Ministère de l’Industrie des Petites et moyennes Entreprises et de la promotion des investissements publics et privés ;

Je trouve qu’il est important de ramener le Ministères des investissements et partenariats publics et privés dans le porte- feuille du Ministère de l’industrie. Ceci pour faciliter une cohérence entre les investissements et la promotion des industries et entreprises.

6-La lutte contre la corruption, des pots de vins et l’insécurité ;

7-Une forte promotion du partenariat public privé

L’accroissement des investissements dans le secteur des mines présente plusieurs avantages :

  • L’élargissement de l’assiette fiscale
  • Les gains liés à la participation de l’ETAT
  • Les dividendes
  • La création de l’emploi
  • La démultiplication des entreprises de distribution et de commercialisation…

Les secteurs agricoles et miniers guinéens doivent sortir du stade primaire pour être industrialisés afin d’apporter une plus-value significative à l’économie guinéenne.

Analyse de : Mamadou Gando BAH, Spécialiste en Gestion Publique gando483@gmail.com

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